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Nicky Cruz, un ancien chef de gang
(cliquez ici pour écouter ce témoignage en audio)

Je passais la plupart du temps dans les rues parce que mes parents recevaient leurs
clients à la maison. Ils venaient la nuit et le jour et alors, nous, les enfants, nous devions tous
sortir. Mes parents étaient des spirites. Ils mettaient des annonces dans les journaux de
langue espagnole en indiquant qu'ils parlaient avec les morts, guérissaient les maladies et
faisaient réussir dans le domaine de la fortune et des problèmes de famille. Il n'y avait
qu'une pièce à la maison et c'est pourquoi nous étions obligés d'aller dans la rue. Au début,
les enfants du quartier me battaient et j'avais peur, tout le temps. Puis j'appris à me battre et
ensuite, ce sont eux qui avaient peur de moi et me laissaient tranquille. Au bout d'un certain
temps, je préférais la rue à la maison. A la maison, j'étais le plus jeune et je n'étais rien.
Mais dans la rue on savait qui j'étais.

UNE BANDE DE GANGSTERS

Un jour, je me joignis à une bande de gangsters, les " Maus-Maus ". Ils voulaient faire de
moi leur président, mais dans une bagarre, le président était celui qui devait établir le plan
d'action et donner les ordres, tandis que moi je voulais me battre. Ils firent donc de moi leur
vice-président J'étais aussi le sergent chargé des armes. Cela signifiait que j'avais la
responsabilité de l'arsenal. Nous avions des ceintures de l'armée avec des baïonnettes,
des armes blanches et des revolvers. J'appris à manier le couteau de manière à blesser
quelqu'un sans le tuer. J'ai ainsi blessé seize personnes et je suis allé douze fois en prison.
Parfois, ma photo avait paru dans le journal. Dans la rue, tout le monde me connaissait et
les mères, en me voyant, s'empressaient de rappeler leurs enfants auprès d'elles. Les
gangs me connaissaient aussi.

Un jour, quand j'attendais le métro, cinq types s'approchèrent de moi par derrière et mirent
une ceinture autour de mon cou en serrant. J'aurais dû y rester car, après cela, je n'ai plus
jamais pu parler correctement. Il y avait un drôle de bruit dans ma gorge. A partir de ce jour,
j'ai nourri de la haine envers tout le monde. Notre gang contrôlait un quartier de New York.
Nous avions des vestes rouges sur lesquelles étaient marquées les lettres " MM ".

Un jour, nous étions dans un grand magasin de l'avenue Flatsbush. Six d'entre nous
buvaient du soda quand sept membres du gang des " Bishops " entrèrent. Ce gang était en
guerre contre les Maus-Maus. Un des membres s'approcha du comptoir comme s'il était
chez lui. Mes gars m'observaient. Je m'avançai vers lui et le poussai. Il me poussa à son
tour, ce qui déclencha la bataille. La femme du patron du magasin se mit à crier. Tous les
clients sortirent en courant dans la rue. Il y avait un couteau de boucher sur le comptoir Un
de mes gars le prit et frappa cinq fois à la tête un des jeunes du gang des " Bishops ". En
voyant le sang, je me mis à rire. Je savais qu'il était mort. J'étais effrayé et ne cessais de
rire. La femme du patron voulut téléphoner à la police, mais un autre de mes gars ramassa
le couteau de boucher et la frappa à l'estomac. Puis nous prîmes la fuite.

Je n'avais pas touché le couteau et ne fus par conséquent pas mis en prison. Mais mes
parents furent convoqués au tribunal. J'avais l'impression que c'était la première fois qu'ils
faisaient réellement attention à moi. Ils décidèrent alors de quitter New York et de retourner
dans leurs pays, à Puerto Rico. Mon frère et moi allâmes leur dire au revoir à l'aéroport. Sur
le chemin du retour, dans sa voiture, il me donna un pistolet et me dit: " Maintenant tu es ton
maître, Nick! ". Il me fallut dès lors chercher un endroit pour dormir. Avec mon pistolet, je
menaçai un type et je lui soutirai 10 dollars. Je louai une chambre rue Myrtle. J'étais alors
âgé de 16 ans. C'est ainsi que je vécus après cela, volant de l'argent ou quelque chose
pour manger. Durant le jour tout allait très bien. J'étais avec le gang. Mais la nuit, c'était
terrible. Quand je rentrais dans ma chambre, je pensais aux deux personnes qui avaient été
tuées dans le magasin. J'aurais voulu cogner ma tête contre le plancher pour cesser d'y
penser. Je m'éveillais en sursaut au milieu de la nuit et j'appelais ma mère.

UNE RENCONTRE INATTENDUE

J'allais avoir 18 ans, en Juillet 1958. Ce mois- là, le gang des Dragons tua l'un de nos gars.
Nous nous rendions au métro pour nous venger et attraper l'un d'eux. C'était la loi du gang:
si un des Maus-Maus meurt, un Dragon doit mourir. Nous descendions vers la station du
métro, rue Edward, quand nous aperçûmes un car de police arrêté et tout un groupe du
gang des Chaplains à proximité. Nous avions un pacte avec eux, à savoir que nous ne nous
combattrions pas et qu'en cas de conflit avec un autre groupe, nous nous unirions. Les
Chaplains se tenaient autour de deux types que je n'avais jamais vus. L'un deux avait un
clairon. Alors quelqu'un apporta le drapeau américain et le car de police s'éloigna. Tout
cela voulait dire que les deux types allaient tenir une réunion de plein air. L'un d'eux monta
sur une chaise, ouvrit un livre et lut:

"Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que QUICONQUE CROIT EN
LUI ne périsse point mais qu'il ait la vie éternelle.

"Maintenant, dit le prédicateur, je vais vous parler du mot QUICONQUE.
QUICONQUE signifie les Noirs et les Porto-Ricains, et tout particulièrement les membres
du gang. Savez vous que lorsqu'ils ont crucifié Jésus, ils ont crucifié avec Lui deux
membres du gang de chaque côté?" J'en ai assez" dis-je. Venez les gars, nous avons du
travail. Aucun d'eux ne bougea.

C'était la première fois qu'ils ne me suivaient pas. Alors, je commençai à avoir peur
.J'injuriai le prédicateur des noms orduriers que je connaissais. Il ne fit pas attention à moi
et continua à parler un long moment.

UN CHEF DE GANG TOMBE A GENOUX

La seconde chose qui se produisit, c'est que le président du gang des Chaplains tomba à
genoux, là, dans la rue Edward, et se mit à pleurer. Le vice-président et les deux chefs de
bataille tombèrent à côté de lui et pleurèrent aussi. Une chose que je ne pouvais supporter :
voir pleurer. Alors le prédicateur vint vers Israël, le président des Maus-Maus, et lui serra la
main. Je me figurais qu'il essayait de nous avoir et je le poussai. Israël me dévisagea
comme s'il ne m'avait jamais vu. A ce moment, le prédicateur me regarda en face et me dit
:

" Nicky, je t'aime ".

Personne dans ma vie ne m'avait jamais dit cela. Je ne savais que faire. Approche-toi de
moi, prédicateur, lui dis-je, et je te tuerai ". Et j'en avais l'intention. Malgré ces paroles de
menace, Israël et le prédicateur continuèrent à échanger quelques mots et enfin, il s'en alla.
Je pensais que c'était fini. Seulement, nous n'allâmes jamais combattre le gang des
Dragons.

UNE RÉUNION POUR GANGS

Plus tard, le prédicateur revint nous inviter à une grande réunion organisée pour les gangs
au centre de New York, à Manhattan. Je n'avais pas l'intention d'y aller, mais le prédicateur
envoya un bus pour nous prendre et, arrivés à la salle, nous fûmes surpris d'y voir trois
rangées de chaises qui nous étaient réservées. Une dame jouait du piano. Une fillette se
mit à chanter un solo. Je la sifflai. C'était ma façon à moi de faire et je trouvais cela bien.
Ensuite, le prédicateur annonça la collecte et dit: " Nous allons demander à des membres
des gangs de la faire. Puis-je avoir six volontaires? ". En une seconde, j'étais debout. Je
désignai cinq de mes gars. je pensais ainsi pouvoir ridiculiser le prédicateur. Il demanda
d'abord la bénédiction. J'essayai de ne pas rire. Après l'offrande, j'aurais pu, par une porte
dérobée, m'enfuir avec l'argent, mais le prédicateur me faisait confiance et cela ne m'était
jamais arrivé. Alors mes gars furent surpris de me voir monter sur l'estrade, lui remettre
l'offrande. Jamais on n'avait vu un auditoire faire silence aussi vite!.

Puis le prédicateur se mit à parler du Saint- Esprit, disant qu'il pouvait entrer dans les gens
et les rendre purs. Il ajoutait que, quoi que nous ayons fait, le Saint-Esprit pouvait nous faire
naître de nouveau. Soudain je me pris à désirer cela intensément. C'était comme si je me
voyais pour la première fois. Toute la noirceur de mon âme, la haine, la folie, passaient
comme un film devant mes yeux. " Vous pouvez devenir quelqu'un d'autre, dit-il. Votre vie
peut être changée " Je le désirais, j'en avais besoin, mais je ne croyais pas que cela
pouvait m'arriver. Le prédicateur nous invita à venir devant l'estrade si nous voulions être
changés, mais je croyais qu'il n'y avait rien à faire pour moi. Alors Israël nous dit de nous
lever tous. "Je suis le Président, dit-il, et tout ce gang va se lever !". J'étais le premier de la
rangée.

Je m'agenouillai et je prononçai la première prière de ma vie : "Cher Seigneur, je suis le
plus grand pécheur de New York. Je ne crois pas que tu me veuilles à toi. Mais si tu me
veux, je me donne à toi. Aussi mauvais que j'ai été dans le passé aussi bon je veux devenir
pour Jésus".

JE SUIS TRANSFORMÉ

Puis le prédicateur me donna une Bible. Rentré chez moi, je me demandais si le
Saint-Esprit était réellement en moi, et comment je le saurais. Et ce qui se passa en
premier quand je fus dans ma chambre, c'est que je n'avais plus cette peur. Je sentis
comme une compagnie, comme si ma mère était revenue. J'avais quatre paquets de
cigarettes, je les déchirai et je les jetai par la fenêtre. Le lendemain, tout le monde était
étonné. Le bruit avait couru que Nicky était converti. Une chose aussi se passa et qui me fit
voir que c'était vrai. Les petits enfants s'enfuyaient toujours quand ils me voyaient, mais ce
jour-là, deux d'entre eux me dévisagèrent et vinrent sans hésitation vers moi. Je les entourai
de mes bras parce que je savais que je n'étais plus le même. Quelques semaines plus tard,
un gars du gang des Dragons vint vers moi et dit: " C'est vrai que tu ne portes plus
d'armes? ". Je lui dis que c'était vrai. Alors il tira un couteau de 25 centimètres et le pointa
vers ma poitrine. Je levai la main et le couteau s'y planta. Puis le gars s'enfuit. Je restai là,
regardant le sang couler de ma main. Je me rappelai comment le sang me rendait fou,
mais ce jour-là, il ne le fit pas. Des paroles que j'avais lues dans ma Bible se présentèrent à
mon esprit: " LE SANG DE JÉSUS-CHRIST NOUS PURIFIE DE TOUT PÉCHÉ ". Je
déchirai ma chemise et entourai ma main de ce pansement. A partir de ce jour-là le sang
ne me tourmenta plus. Je commençai à témoigner à mes camarades ma joie et d'annoncer
l'Amour du Christ aux jeunes égarés dans leurs péchés. J'étais devenu une nouvelle
créature.

Nicky Cruz